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Liste des articles dans la catégorie Doutes.

Solitude (Doutes, Part III)

A lire avant : Depuis lui…

Il est trop présent en elle pour qu’elle arrive à respirer quand elle a l’impression de le perdre… Et cette impression, elle l’a de plus en plus souvent…

Il est loin, à des centaines de kilomètres, & leur relation à distance, terriblement excitante au départ, peine à s’inscrire dans la durée avec sérénité.

Les crises de jalousie se multiplient, la paranoïa est omniprésente. L’été s’est installé à Paris & elle regarde défiler les mini-jupes & les décolletés en l’imaginant, lui qui vit là où il fait toujours chaud, fantasmer sur ces corps dénudés & bronzés…

Elle se démène au travail, bossant douze heures par jour pour s’occuper l’esprit & offrir à son imagination malsaine un peu de répit salvateur. Elle boucle donc ses semaines en 4 jours & le rejoint tous les jeudis soirs, arrivant tard dans la soirée, & emmène dans ses valises le stress accumulé pendant les jours passés loin de ses bras…

Elle se jette sur lui, le vampirise & se donne à lui sans retenue ni repos. La complicité merveilleusement érotique qu’ils partageaient au début de leur histoire s’est brutalement transformée en duels au sommet. Chacun tente d’apaiser le manque de l’autre en en faisant plus, en en faisant trop… La tendresse disparaît au profit d’une sexualité violente, urgente. Leurs corps à corps ne sont plus des occasions de se dire qu’ils s’aiment mais des matchs endiablés où chacun tente de s’approprier l’autre, d’y poser sa marque comme pour se crier physiquement, bestialement, des « tu n’as pas intérêt à oublier que tu es à moi » menaçants…

Elle rentre le dimanche soir & dans le TGV, elle se sent épuisée & vidée, frustrée & déjà en mal d’amour. Elle s’en veut, se dit qu’elle ne l’a pas assez regardé, qu’elle ne lui a pas assez parlé. Elle lui en veut, se dit qu’il l’a trop touchée, qu’il a trop profité de son corps au détriment de moments plus sains…

Elle se rassure comme elle peut en se disant que leur faim de l’autre, insatiable, est une preuve irréfutable que leur couple va bien…

Puis elle regagne son appartement vide & se sent seule. Ouvre une bouteille de vin & se sent seule. Prend une douche sans parvenir à enlever de sa peau l’odeur de la sienne, & se sent seule. Se couche de bonne heure dans un grand lit froid où elle se sent seule. Ne parvient pas à s’endormir… elle se sent seule.


Depuis lui… (Doutes, Part II)

A lire avant : Doutes

La nuit est déjà là, noire et angoissante. On n’a pas vu le soleil se coucher, l’astre lourd est tombé dans l’océan sans qu’aucun regard n’ait pu troubler sa disparition.
Elle marche seule sur le port, alanguie des heures passées au creux des bras de celui qu’elle aime, terrassée par les sentiments qui s’agitent en elle autant que par les ombres qui l’enveloppent désormais.
Il fait nuit, il est parti, l’air est frais, il est loin maintenant, la marée monte, il ne reviendra pas avant la fin de l’été, la lune se cache, elle aime un courant d’air et elle l’attend…

Avant lui, elle était une autre. Elle voyait le monde à travers des œillères protectrices. Les saveurs ? Amer ou acide. Les couleurs ? Noir, ou gris au mieux. Les sons ? Des bruits sourds ou des chuchotements inquiétants.
De ce manque de nuance découlait un bonheur minimaliste, simpliste, sans remise en question. Une humeur égale, une vie sans quête, sans haut, sans bas, une vie, c’est tout.
Elle se souvient aujourd’hui, alors que les mâts tremblants des bateaux offrent à ses yeux mouillés un spectacle troublant, de cette fille un peu trop femme déjà, qu’elle était alors. Pas de pleurs, pas de joies, pas de rêves, pas de passions. Juste du vide et du creux qu’elle avait inconsciemment choisis pour ne pas sombrer dans la mélancolie d’un parcours où elle a souffert bien plus souvent qu’à son tour. D’abandons en déceptions, de tortures en harcèlements, d’abus en trahisons, elle avait appris que ne pas ressentir valait mieux que de se laisser envahir par la noirceur imposée par les autres.
Elle se souvient aujourd’hui, alors que son corps tout entier rejette par de violents sanglots les années de censure qu’elle lui a imposées, des meurtrissures qui l’ont contrainte à construire autour d’elle une forteresse de neutralité…

Depuis lui, elle s’embarrasse de tant d’émotions qu’elle en est violemment submergée… Du désir, de l’amour, du plaisir, de l’envie, de l’ambition…
Elle en vient à ressentir de nouveau, à croire, à espérer, à rêver… il lui rend cette capacité oubliée, fait renaître les désirs enfouis, redonne un sens…
Elle puise dans leur histoire la force d’affronter ses démons, elle prend en lui l’envie d’assumer qui elle est et de reconstruire sur les ruines d’un passé dévastateur…
Elle sourit, enfin. Elle revit.

Qu’importe donc que leur amour ne soit qu’épisodique, qu’importe que leurs rencontres soient ponctuées d’absences, elle est désormais forte de lui et rien ne pourra l’empêcher de se sentir épanouie, rassurée, vivante de nouveau.

La suite : Solitude


Doutes…

Les paysages défilent à vive allure alors que le TGV l’emmène auprès de son amant. Même si elle avait le temps d’apprécier les panoramas qui s’offrent à elle, elle ne le ferait pas, bien trop occupée à s’écouter penser… elle passe mentalement en revue tous les points de la check-list qu’elle a établi scrupuleusement avant son départ. Tenues sexy, parfum haut de gamme, talons aiguilles flatteurs… Elle porte des bijoux qu’il lui a offerts entre deux baisers et son visage, vierge de tout maquillage… comme il préfère… est parfaitement encadré par sa chevelure ondulée laissée libre de tout lien… comme il préfère… Féminine jusqu’au bout de ses ongles manucurés, elle arbore une expression mystérieuse subtilement trahie par des sourcils un peu trop froncés et un sourire un peu trop crispé…

Cela fait deux mois qu’elle ne l’a pas vu… Et si elle ne lui plaisait plus ? Et s’il n’avait plus envie d’elle ? Et pire que tout… et si elle arrivait à déceler sur sa peau le passage d’une autre avant elle ?

Les relations à distance ont souvent pour particularité d’exiger une confiance aveugle en l’autre et en ses agissements… Elle se demandait souvent comment elle avait pu en arriver à choisir ce genre d’histoires… Elle, pour qui la jalousie était une jumelle et la paranoïa un art de vivre… Elle, incapable, pas une seule fois dans tout son parcours amoureux, d’être fidèle à un homme, savait qu’elle ne pouvait exiger une exclusivité qu’elle-même n’avait jamais accordée à personne…

Mais là, dans ce wagon plein de bruits qu’elle n’entendait pas, alors que la peau de ses mains était blanchie par les innombrables étirements que le stress faisait faire à ses doigts, elle priait pour sentir sur lui le manque, la faim, le désir qu’il avait d’elle… Elle espérait entendre dans ses mots et ses soupirs tous les silences qu’il imposait aux autres… Elle rêvait de deviner dans chacun de ses gestes et de ses baisers la promesse inavouée qu’il n’accorderait ses faveurs qu’à elle et elle seule… toujours… !

Là, à mi-chemin entre sa vie et son bonheur, fuyant la première pour s’évader dans  le deuxième, elle se surprenait à avoir peur de n’être pour lui qu’un fantasme sans consistance, qu’un rêve sans réalité, qu’une « aventure sans lendemain » comme disent les autres… Elle craignait qu’à tout moment il n’ouvre les yeux et voie comme tout en eux était fragile et illusoire…

Mais déjà, un quai se profile et il est là, à l’attendre comme toujours en tirant nerveusement sur une cigarette allumée pour tromper l’ennui. L’heure n’est plus aux doutes, ni aux craintes, ni aux espoirs souvent déçus… Elle le voit et sourit. Elle essuie d’un geste habile les larmes qu’elle n’avait pas senti couler, et sourit encore. Il est là, et Dieu comme elle l’aime… Elle devine à son air perdu d’enfant impatient qu’il n’attend qu’elle, que cela fait des heures, des jours, des mois, une vie, qu’il est là à l’attendre… Elle sait, alors qu’il la cherche désespérément du regard, qu’il a autant peur qu’elle… et qu’il l’aime bien plus que pour seulement quelques heures… Elle a en elle, au moment où leurs yeux se croisent enfin, l’impression magique et intense d’être arrivée là où elle peut poser ses bagages et enfin respirer, vivre.

Elle n’a plus qu’un désir, qu’un but, alors qu’elle s’approche de ses bras qui lui ont tant manqué : être sienne, pour toujours. Se donner à lui, entièrement. Le reste n’existe plus.

A lire ensuite : Depuis lui


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